Ça y est, les résultats de l’élection présidentielle ivoirienne sont tombés Lundi. Et sans surprise, c’est le candidat-président Alassane Ouattara qui remporte le scrutin avec 89,77 de voix selon les résultats provisoires de la Commission électorale indépendante (CENI).Un score non pas à la soviéte comme on aime le dire (puisque les africains sont passés pour etre as dans ce genre de comédie) mais avec un score à l’ivoirienne. Comme dans les précédentes élections présidentielles, cette consultation risque de déboucher sur la contestation, la violence, bref sur une crise post-électorale, les principaux candidats de l’opposition ayant été exclus.
L’Éléphant d’Afrique est malade de sa démocratie
Et pourtant, beaucoup de moyens financiers et matériels ont été débloqués pour la tenue de ce scrutin. “Pour cette échéance, une enveloppe de 54 milliards FCFA (environ 82,3 millions d’euros) a été allouée à la Commission électorale indépendante (CEI), comme précisé dans la loi de finances 2025” révèle le site Sikafinance.com qui précise toutefois que ce montant est en recul de 3 % par rapport au budget de 56,15 milliards FCFA (85 millions d’euros) consacré à la présidentielle de 2020. Ces 54 milliards doivent couvrir divers postes, notamment l’acquisition de matériels électoraux, le recrutement et la formation des agents électoraux, l’impression des bulletins de vote, ainsi que des campagnes de sensibilisation visant à mobiliser les citoyens. Donc d’argent dépensé pour se retrouver dans crise post-électorale lourde de conséquences dont Abidjan nous a désormais habitués.
Au Cameroun Paul Biya, 92 ans et candidat pour un huitième mandat n’à même eu besoin de battre campagne pour remporter l’élection présidentielle avec 53,66 % des voix contre Issa Tchiroma Bakary, selon le Conseil constitutionnel. Toutefois Bakary revendique la victoire, affirmant avoir obtenu 54,8 % des suffrages contre 31,3 % pour Biya. Les 53,66% officiellement obtenus par Paul Biya même s’il est en baisse par rapport à son score habituel ne doivent pas masquer le caractère truqué et frauduleux de cette élection qui plonge le pays dans l’incertitude totale.
Gaspillage et corruption à grande échelle
Comme en Côte d’Ivoire, au Cameroun aussi des milliards ont été mobilisés pour la tenue du scrutin. Le site lanationdafrique.net estime citant des sources proches du ministère des finances que le coût tourne de 65 à 70 milliards de FCFA. Un budget qui dépasse celui du scrutin présidentiel de 2018 d’environ 50 Milliards de FCFA. Les experts justifient cette hausse notamment à la multiplication des bulletins de vote (13 visages au lieu de 9 en 2018), à la logistique électorale (impression de 12 à 15 millions de bulletins, urnes, scellés, kits électoraux), à l’extension du fichier électoral (près de 9 millions d’électeurs inscrits), et à l’augmentation des coûts de sécurité, en particulier dans les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord.
Donc, 54 milliards pour la Côte d’Ivoire, 65 à 70 milliards pour le Cameroun uniquement pour les élections présidentielles. Quant n’est-il des élections législatives, sénatoriales et des élections locales? Pire à Abidjan tout comme à Yaoundé, la démocratie s’est transformée en monarchie avec des présidents à vie. Ces deux pays ne sont cependant pas les seuls. Dans presque tous les pays d’Afrique, vous avez des Commissions Électorales Nationales Indépendantes qui ont fait de l’organisation des scrutins de simples formalités pour consolider des régimes en faillite et pour amadouer les bailleurs de fonds et la communauté internationale.
Au lieu donc d’investir dans l’agriculture et l’élevage, au lieu d’investir dans le social pour améliorer la vie de ses populations à travers la création des hôpitaux et des écoles, au lieu d’investir dans la création d’emploi pour la jeunesse ou encore les infrastructures routières et ferroviaire, au lieu d’investir dans les nouvelles technologies, l’élite politique préfèrent investir dans des élections truquées qui se soldent pas la contestation, les dégâts matériels et humains, l’instabilité politique et la dégradation de l’image même dans la démocratie sur le continent. Dans ce cas, certains observateurs se demandent pourquoi gaspiller inutilement de l’argent à organiser des élections dont l’issue est connue d’avance et qui débouchent sur des crises postélectorales?
Maaroupi Elhadji Sani
